Algérie: La relaxe pour les non-jeûneurs de Aïn El Hammam «La mobilisation a triomphé»

Le verdict du procès des non-jeûneurs de Aïn El Hammam, à 45 km au sud de Tizi Ouzou, est tombé hier : le juge a prononcé la relaxe en faveur des deux mis en cause, Hocine Hocini et Salem Fellak, âgés respectivement de 44 et 34 ans.

«Je remercie tous les citoyens qui se sont mobilisés pour que l’injustice ne soit pas commise», nous a déclaré Hocine Hocini après l’annonce du verdict. «Le juge n’a pas prononcé la relaxe proprement dite ; il a prononcé le défaut d’infraction, car la poursuite ne pouvait pas avoir le lieu. Aucun article pénal ne prévoit de poursuites pour les non-jeûneurs», nous a expliqué Me Mohamed Aït Mimoune, membre du collectif d’avocats de défense des mis en cause, qui a estimé aussi que «les prévenus ne devaient même pas être poursuivis. La Constitution a prévalu, consacrant la liberté de culte et de la conscience».

Maître Nacéra Hadouche, membre du collectif d’avocats pour la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales, a ajouté pour sa part : «Je suis très satisfaite de la mobilisation. Le verdict prouve que nul ne peut être coupable qu’en vertu de la loi. Le réquisitoire du procureur n’était fondé sur aucun texte national ou international. L’article de poursuite (144 bis 2) stipule que quiconque dénigre les préceptes de l’Islam, alors que selon le dictionnaire judiciaire international, dénigrer, c’est porter des accusations mensongères envers autrui. Il faut noter aussi que l’article 132 de la Constitution stipule que les lois internationales ratifiées par l’Algérie sont supérieures aux lois internes.»

A l’extérieur du palais de justice, des centaines de personnes ont observé un rassemblement de solidarité avec les prévenus. Parmi les présents, on a remarqué le sénateur Mohamed Ikherbane et des députés du RCD, des militants du MAK, des membres du Congrès mondial amazigh et de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, des représentants de la communauté chrétienne (protestants) en Algérie ainsi que d’autres militants de la cause amazigh comme Abdenour Abdeslam et Arezki About.

Dans un communiqué, le collectif SOS Liberté, pour sa part, prend acte du verdict qui «rétablit dans leurs droits les deux victimes de l’arbitraire» et salue «la mobilisation citoyenne qui l’a rendu possible». Le même collectif appelle à maintenir le mouvement de solidarité pour soutenir les autres victimes de persécutions pour «délit religieux», notamment lors des procès prévus le 10 octobre à Larbâa Nath Irathen et le 8 novembre à Akbou. Le 26 septembre dernier, lors du procès, le procureur avait requis une peine de trois ans de prison ferme à l’encontre des deux concernés, estimant que les mis en cause «ont porté atteinte aux préceptes de l’Islam, en vertu de l’article 144 bis 2 du code pénal».

Les avocats de la défense avaient demandé la relaxe, précisant qu’il s’agit là d’une atteinte à la liberté individuelle des citoyens, d’autant plus, avaient-ils soutenu, que «la Constitution algérienne garantit la liberté du culte». Les deux mis en cause ont été interpellés par la police, au début du mois de Ramadhan, dans un chantier de bâtiment situé non loin du centre-ville de Aïn El Hammam.

Hafid Azzouzi/ El Watan

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