Cinéma. Festival Du film arabe d’Oran: Treize portes du réel

La fiction dépasse souvent la réalité. Mais pour la dépasser, elle doit d’abord passer par elle. Chaque film, d’une manière ou d’une autre, même en creux, en filigrane ou entre les lignes, entretient un rapport au réel.

Les œuvres les plus fantastiques, les plus imaginaires se lisent aussi en fonction d’une réalité. L’organisation prochaine de la quatrième édition du Festival international du film arabe, à Oran (du 16 au 13 décembre 2010) offre l’opportunité de sillonner, en quelque sorte, les préoccupations du monde arabe, la condition de ses habitants via des personnages, les contradictions qui le traversent au travers des situations dramatiques mises en scène, etc. C’est une occasion de découvrir les imaginaires, les visions et les représentations arabes et de s’interroger sur leur nature, leur profondeur ou leur véracité socioculturelle. Outre le film d’ouverture qui sera Hors-la-loi comme on pouvait s’y attendre, les films programmés au cours du rendez-vous d’Oran sont répartis sur plusieurs volets : la compétition longs métrages, la compétition courts métrages et le Focus consacré au cinéma des pays du Golfe. Nous nous sommes intéressés au programme des longs métrages qui compte treize films.

Indépendamment de leurs pays d’origine, nous avons voulu les voir comme treize portes ouvertes sur la thématique du monde arabe, treize questionnements d’un réel avec ses enracinements dans le passé et ses projections dans l’avenir. Deux films nous semblent directement rattachés aux problématiques nouvelles du monde arabe, Taxiphone de l’Algérien Mohamed Soudani et Microphone, de l’Egyptien Ahmad Abdalla, lauréat du Tanit d’Or aux dernières Journées cinématographiques de Carthage. Leurs titres déjà sont assez proches l’un de l’autre, comme si les deux réalisateurs avaient, d’emblée, voulu marquer à travers de simples «objets» modernes, leur inscription sur un registre contemporain. Mohamed Soudani, un des premiers diplômés algériens de l’IDHEC de Paris, qui travaille depuis longtemps en Suisse, propose avec Taxiphone l’histoire d’un couple de Suisses qui se retrouve en panne dans une oasis du Sahara algérien.

Leur relation en prendra un coup mais, en même temps, la situation les oblige à s’intéresser à la vie locale.

Ils découvrent notamment le conflit qui oppose le propriétaire du taxiphone à la commerçante voisine qui tient une boutique d’artisanat. Ce conflit est sans doute le cœur de ce film. Le taxiphone veut en effet s’agrandir au détriment de la boutique, double symbole de l’avancée des technologies de la communication qui n’épargne plus les coins les plus retirés de la planète et du recul des patrimoines anciens. Microphone raconte, pour sa part, le retour d’un Egyptien à Alexandrie, après des années d’émigration et sa découverte d’un univers nouveau pour lui, celui des jeunes qui s’adonnent dans des lieux underground aux nouveaux arts urbains : le tag, les graffitis, le rock, la danse hip-hop…

Chez lui, la confrontation avec l’ancien monde n’est pas aussi prononcée que chez Soudani qui, en choisissant le désert comme cadre, accentue les différences. Mais Microphone, en dépeignant au passage la vieille ville d’Alexandrie, avec ses symboles nombreux d’un passé millénaire, introduit également cette idée de confrontation entre passé et présent. Les deux nous signifient clairement que la mondialisation est là, que le monde arabe n’y a pas échappé et que si l’on ne sait pas l’apprivoiser ou s’y adapter, il est illusoire de la nier. Reste à gérer un passé encore très présent, en tentant le pari de sa conciliation avec un présent tendu vers l’avenir qui serait aussi une conciliation entre générations. Ces deux films, avec leurs différences de trames, de lieux et d’actions, sont finalement très proches l’un de l’autre.

Sur le registre de ce cinéma de «l’actualité», on peut également citer dans la programmation du Festival d’Oran, ce film courageux du Marocain Hassen Benjelloun, Les Oubliés de l’histoire, son sixième long métrage, en fait. Trois jeunes Marocaines, désespérées de dépasser leurs horizons bouchés chez elles, décident de se rendre en Europe pour y construire une vie nouvelle et meilleure. Elles finiront entre les mains d’un réseau de prostitution en Belgique, qui les ravalera au rang d’esclaves sexuelles. Le film, qui a le mérite d’échapper à une vision moralisatrice, met l’accent justement sur la mondialisation du crime et l’asservissement des femmes issues des pays du Sud. Mais pourquoi le titre du film utilise-t-il le masculin (Les Oubliés…) et non le féminin ?

Toujours au chapitre des thématiques nouvelles, le film de l’Algérien Dahmane Ouzid, La Place (titre original Essaha) s’engouffre dans une nouvelle caractéristique des sociétés arabes, à savoir leur urbanisation de plus en plus massive et accélérée. S’il laisse graviter plusieurs sujets connexes (la situation de la femme, la malvie des jeunes, les nouveaux riches…) autour du thème central, ce film, qui est aussi la première comédie musicale algérienne au cinéma, se concentre sur son propos principal : l’utilisation d’un espace «libre» au sein d’une nouvelle cité d’habitation d’une grande ville, Alger en l’occurrence. Cet espace, objet de fantasmes, de rêves, d’appétits ou tout simplement de projets sociaux, va susciter des passions contradictoires et opposées. Là aussi, nous nous trouvons dans la représentation d’une situation nouvelle dans le monde arabe : l’urbanisation des populations, la crise de l’espace, la spéculation foncière, les conflits de voisinage, etc….Lire la suite

Hachem Benhadji/ El Watan

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