En galère après le mariage à l’étranger: Des Algériennes piégées sur le Net

Le Secrétaire d’Etat à la Communauté nationale à l’étranger, M. Halim Benatallah, évoque le cas de femmes algériennes mariées, via Internet, avec des étrangers qui se retrouvent dans une situation inextricable.


Pas de chiffres mais elles seraient de plus en plus nombreuses. Le discours de Benatallah exprime inquiétude et compassion pour ces femmes en difficulté. Rien à voir avec un intense discours réactionnaire avec lequel le thème est évoqué dans certains journaux.

Le mariage des Algériennes avec des étrangers et par le biais d’internet fait depuis longtemps le chou gras de certains journaux algériens avec parfois des explications saugrenues. On a pu lire, par exemple, que si les femmes algériennes cherchent «ailleurs» et par Internet, cela tient au fait que les Algériens se marient de moins en moins. Le constat n’est sans doute pas faux et il est imputable notamment à l’incapacité des Algériens à disposer, à temps, d’un logement. Mais, dans certains articles, franchement réactionnaires, on explique benoitement que si les Algériens se marient moins, cela est la faute du code de la famille qui exige que l’épouse donne son consentement au mari pour qu’il puisse prendre une deuxième épouse ! Voilà qui s’appelle traiter de manière absurde un sujet qui intéresse les sociologues au plus haut point. Le mariage des Algériennes avec des étrangers quand il est abordé sans excès de moralisme est un phénomène lié à la dynamique sociale et à la multiplication des canaux de communications.

Combien sont-elles ces Algériennes qui se marient avec des étrangers ? Personne n’est en mesure de donner des statistiques. Mais une partie de ces Algériennes mariées ailleurs connaît des difficultés. C’est à ces femmes algériennes dans la mouise à laquelle a fait référence le Secrétaire d’Etat à la Communauté nationale à l’étranger, M. Halim Benatallah, dans un entretien accordé au site «radioalgerie.dz». Interrogé sur le phénomène du mariage des Algériennes par Internet, le secrétaire d’Etat souligne que ce constat a été fait par «plusieurs pays arabes, notamment en Egypte, en Syrie, un peu moins en Lybie et dans les pays du Golfe».

Des «réseaux spécialisés» installés en Algérie

D’après Halim Benatallah, les Algériennes qui se marient via à Internet sont «de plus en plus nombreuses, également par le biais de réseaux spécialisés détenus par des ressortissants arabes installés en Algérie». Le secrétaire d’Etat ne donne pas plus de détails sur ces «réseaux spécialisés» qui travailleraient en Algérie. Les femmes algériennes qui peuvent croire, face à une vie terne et sans perspective en Algérie, qu’un début de vie en rose les attendrait à l’extérieur se trompent, selon le message du Secrétaire d’Etat. Bien au contraire, dans leur quête du mariage avec des inconnus via le Net, ces femmes finissent par tomber dans de véritables pièges.

Le Secrétaire d’Etat évoque des situations dramatiques, apparemment dans le souci d’avertir les Algériennes qui seraient tentées de convoler par le biais du Net. «Ces femmes, malheureusement, ne savent pas ce qui les attend. Elles épousent des hommes qui vivent dans des conditions des plus modestes pour ne pas dire misérables. Une fois arrivées sur les lieux, elles vivent le cauchemar. Des témoins rapportent que ces femmes sont souvent répudiées et abandonnées à leur propre sort. Jetées dans des bidonvilles, elles sont forcées de travailler, sans aucune protection».

Des témoignages poignants

Selon Halim Benatallah, ces femmes répugnent à solliciter l’aide des consulats algériens mais font appel à l’aide et à la solidarité établis dans les pays où elles se trouvent. Apparemment, c’est par pudeur que ces femmes ne veulent pas saisir les autorités. Ce qui signifie implicitement qu’elles préfèrent continuer à vivre dans la galère plutôt que de retourner au pays et vers la famille sur un échec. «Ces femmes font appel à la solidarité des Algériens, mais n’osent pas se présenter au consulat. Pour elles, elles vivent une situation des plus honteuses et refusent de reprendre contact avec leurs familles et parents», a-t-il indiqué en parlant de «femmes en situation de clandestinité» dont le «nombre est de plus en plus grandissant et très inquiétant». Halim Benatallah évoque quelques cas, comme celui d’une «femme algérienne au Caire, en Egypte, qui a dû abandonner ses enfants» et «une autre jeune femme en Syrie dont les enfants sont abandonnés, mais le père et les autorités syriennes refusent de les garder». Combien sont-elles ? Le secrétaire d’Etat souligne qu’il n’existe pas de chiffres officiels «car ces femmes refusent de se présenter aux consulats». «Il est donc difficile de les recenser mais les témoignages sont nombreux et poignants».

Par Salem Ferdi/ Le Quotidien d’Oran

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