En Tunisie, la révolte est avant tout celle de la jeunesse

Plusieurs centaines de manifestants ont été dispersés à coup de grenades lacrymogènes dans le centre de Tunis jeudi 13 janvier. Le bilan humain se situe entre 21 et 66 morts selon les sources. Les manifestations, éparpillées sur tout le territoire, ont fait l’objet d’une répression musclée, condamnée par la communauté internationale. Le président Ben Ali a été contraint à des mesures d’apaisement, mais il a aussi décidé d’imposer un couvre feu dans la capitale Tunis.

Manifestation de jeunes tunisiens, ici à la cité d’Ettadhamen dans la banlieue ouest de Tunis, le 12 janvier 2011.

REUTERS/Stringer

On signale trois civils tués en province, mais la grogne a gagné la capitale mardi, et symboliquement c’est important. Le couvre-feu a donc été décrété mercredi soir. Dans le centre de Tunis hier après-midi, la police avait dispersé la foule à coup de grenades lacrymogènes. Parmi les manifestants Siham, un étudiant âgé de 27 ans : « Si l’Etat empêche tout le monde de sortir, de dire ce que l’on veut, de parler, de traiter nos problèmes, d’essayer de trouver des solutions, de se manifester, d’une manière civile et civilisée… alors là, s’ils nous empêchent, que va faire le peuple ? Il va attaquer. Il doit quitter, il doit quitter ! ».

Les jeunes -et c’est un fait nouveau- ont brûlé des portraits à l’effigie du président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987. Cette haine est sans doute liée à la sévérité de la répression car la police a tiré à balles réelles et cela a suscité un malaise au sein même du RCD, le parti au pouvoir. Abdellil Jellil Messaoudi est membre du RCD : « On se trouve aujourd’hui dans une situation où quelquefois on sent que les évènements dépassent les uns et les autres. Je pense que personne n’est d’accord avec ce traitement musclé. Vous savez quand vous êtes aux commandes, vous être quelquefois dans l’obligation de faire des choses regrettables et je pense que tout le monde regrette cette perte de vies humaines. Je peux vous assurer qu’il y a un grand débat qui est ouvert au sein du parti ».

Le gouvernement a décidé un certain nombre de mesures pour tenter d’apaiser les esprits. Il a donné des gages, comme le limogeage du ministre de l’Intérieur, la libération de toutes les personnes arrêtées au cours des manifestations, une future commission d’enquête sur la corruption, ou encore l’annonce par le président Ben Ali à la télévision de la création de 300 000 emplois.

Ce mouvement est avant tout celui de la jeunesse. Contestation des jeunes diplômés au chômage, des jeunes qui utilisent leurs moyens pour se mobiliser, comme ailleurs dans le monde, c’est-à-dire internet et Facebook :

Internet, malgré la censure, reste un refuge dans un pays où la liberté d’expression est limitée. C’est aussi un outil presque imparable. Nadia Chaabane est membre du Collectif de soutien de Sidi Bouzid : « Les jeunes ont utilisé Facebook et internet avec beaucoup d’intelligence parce qu’ils ont eu le souci de photographier systématiquement, le souci de laisser une trace, le souci de témoigner. Ca a permis de mobiliser. Moi je sais que des appels à la manifestation qui se faisaient le matin pour l’après-midi mobilisaient des centaines de personnes. Et ça, sans ces nouvelles technologies, ça n’aurait pas été possible. Et surtout ça a permis de désenclaver Sidi Bouzid tout de suite et l’extension du mouvement ».

Rappelons que tout est parti de Sidi Bouzid, dans le centre de la Tunisie. Le 17 décembre, un marchand ambulant, jeune diplômé, s’est immolé après la saisie de sa marchandise par la police : un geste de détresse, des dizaines de milliers de jeunes Tunisiens sont sans travail.
Pour Béatrice Hibou, chercheuse au Ceri (Centre d’études et de recherches internationales), le marasme socio-économique demeure le principal défi du résident Ben Ali : « La Tunisie est gouvernée par le pacte de sécurité. C’était assurer une certaine inclusion de la population, lui assurer de l’emploi, un certain niveau de consommation, un accès à la modernité, et ce mode de gestion de la population permettait un statu quo, permettait une certaine vie sociale apaisée. Or ça, avec la dégradation de la situation économique, effectivement, c’est remis en cause. On voit bien que le régime actuel essaie de retrouver ces mécanismes là. Simplement, on ne décrète pas 300 000 emplois comme cela ».

La grande question maintenant, c’est comment tout cela peut tourner. Personne ne détient la réponse. Les jeunes, même s’il n’y a pas qu’eux dans la rue, semblent déterminés en tous les cas, et pour Selim Ben Hassen du Mouvement citoyen Byrsa, il y aura un avant et un après Sidi Bouzid en Tunisie : « Même si le mouvement s’essouffle, rien ne sera plus comme avant parce que la barrière psychologique de la peur est tombée, parce que les gens ont soif de dignité, ont soif de liberté et se rappellent -et continueront à se rappeler- qu’il y a des gens qui sont morts pour défendre leurs droits et qui n’ont plus le choix de rester chez eux, qu’ils doivent tous sortir et qu’ils doivent militer pour la fin de ce régime ».

Par Nicolas Champeaux/ RFI

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