Steve Jobs/ L’empreinte d’un révolutionnaire

Jamais depuis l’après-guerre un chef d’entreprise n’aura reçu un tel hommage. Américains ou Chinois, puissants ou anonymes saluent la mémoire de Steve Jobs comme celle d’un très grand homme, d’un artiste d’exception.

A quoi tient cette émotion à l’égard du patron d’Apple, après tout simple fabricant d’ordinateurs et de téléphones ? Au charisme de ce grand escogriffe en baskets et col roulé arpentant l’estrade devant des milliers de fans ? Au redressement spectaculaire d’une entreprise au bord de la faillite il y a moins de quinze ans et aujourd’hui dans les toutes premières capitalisations mondiales ?

A tout cela mais à beaucoup plus aussi. Steve Jobs est devenu, en dix ans, la plus parfaite incarnation de la révolution industrielle qui devrait nous occuper encore durant plusieurs générations. Et c’est en cela qu’il se rapproche des figures du début du XX e siècle comme Edison ou Ford. Des patrons d’entreprises qui ont ouvert un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme, celui d’une nouvelle façon de produire, de consommer, de vivre.

En s’attaquant aux applications de l’électricité, Thomas Edison, fondateur de General Electric, avait compris que cette découverte technologique ouvrait des horizons sans limite qui allaient transformer radicalement le sort de ses concitoyens. Autodidacte, autocrate et avide de connaissance, il a changé le monde et le change encore. Un siècle après, les applications de l’électricité gagnent encore du terrain, comme on le constate en ce moment dans l’automobile.

Autodidacte, autocrate et obsédé du savoir, Steve Jobs a semé les graines d’un bouleversement tout aussi profond. Sa révolution à lui est celle de la société de l’information, fille de la rencontre entre l’électronique, la cybernétique et les télécommunications. Et ses compagnons, et concurrents, de lutte s’appellent Bill Gates, Jeff Bezos (Amazon) ou Larry Page (Google). Ces quatre cavaliers annoncent un monde nouveau, apocalyptique pour certains, libérateur pour d’autres. Apple dépassera ATT, Amazon sera un jour plus gros que WalMart ou Carrefour et Google deviendra un jour le premier concurrent d’EDF, de Ford ou de Bank of America. Et s’ils n’y parviennent pas, d’autres prendront leur place.

Steve Jobs a conduit à lui seul deux révolutions majeures. Celle des produits et celle de l’organisation. Il est d’abord celui qui a réconcilié l’objet avec la société de l’information. Comme le soulignait récemment un grand gourou de la Silicon Valley, le logiciel est en train de manger le monde. De la voiture au réfrigérateur, en passant évidemment par le téléphone, la valeur de l’objet se déplace vers le logiciel qui le fait fonctionner et communiquer avec le vaste monde.

Mais c’est l’objet que l’on touche, que l’on regarde, que l’on utilise. Apple a réenchanté le produit le transformant en objet de désir, jusqu’à l’addiction. Il était le seul à pouvoir le faire par sa maîtrise unique du lien entre le logiciel et le matériel et l’obsession de son patron pour le beau et le convivial, le simple. Ses iPhone, iPad et iPod sont de magnifiques portes d’entrée vers un monde infini de la connaissance qu’il s’est empressé de domestiquer à son profit. D’où la lutte à mort qui s’engage avec son ancien compagnon d’armes, Google.

Mais pour cela, Apple a dû attendre que la technologie l’autorise à le faire, grâce à la miniaturisation et l’Internet mobile. Marginalisé par Microsoft dans les années 1990, dominées par l’équipement des entreprises, il prend sa revanche depuis 2000. Son moment magique est celui de l’émergence, dans la high tech, d’un consommateur individuel, mobile et avide de reconnaissance…Lire la suite

Philippe ESCANDE
Editorialiste/ Les Echos

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