l’Egypte adopte le scénario algérien

La justice dissout la confrérie des frères musulmans

Après l’arrestation du président Morsi et l’emprisonnement de plusieurs de ses responsables, la justice égyptienne a dissous hier la confrérie des Frères musulmans, interdite mais tolérée, en activité depuis 81 ans.

La mort «légale» des Frères musulmans donne un nouveau coup brutal à l’organisation, même si celle-ci a fait appel de cette décision sans trop se faire d’illusions. Cette situation rappelle celle née après décembre 1991 en Algérie. Cet ultime tour de vis des militaires contre la confrérie des Frères musulmans risque de tourner au drame. Ces derniers snobent déjà cette interdiction.
Nouveau coup brutal contre les Frères musulmans en Egypte. La justice a suspendu, hier, les activités de cette organisation interdite mais tolérée, en activité depuis 81 ans.

Un tribunal du Caire réuni en urgence a donné le coup de grâce à la confrérie en prononçant sa mort «légale», la confiscation de ses biens et le gel des finances. C’est là incontestablement un ultime tour de vis du régime militaire issu du coup d’Etat contre les Frères musulmans. Après avoir déposé le 3 juillet dernier et gardé dans un lieu tenu secret le président élu Mohamed Morsi, puis arrêté et emprisonné les principaux leaders de la confrérie, Al Sissi et consort viennent de boucler la boucle par cet acte de décès politique signé par la justice.

Auparavant, un tribunal a gelé, il y a une semaine, les avoirs des principaux dirigeants de l’organisation, dont la plupart sont derrière les barreaux et actuellement jugés pour «incitation au meurtre» ou «meurtre» de manifestants anti-Morsi. Cette décision de justice à laquelle les Frères ont déjà fait appel (sans se faire trop d’illusion) implique concrètement l’interdiction des «activités» de la confrérie – qui n’a aucune existence juridique – ainsi qu’à l’association des Frères musulmans, une ONG créée sous la présidence Morsi et accusée de servir de façade aux Frères. Elle concerne aussi «toute organisation qui en émane ou est financée par eux».

Le coup de grâce

Et le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans, qui a porté Morsi au pouvoir est de fait interdit. Ironie du sort et de l’histoire pour un parti qui a remporté haut la main les premières législatives libres fin 2011, quelques mois après la chute de Hosni Moubarak. Il est évident que les concepteurs de cette interdiction veulent rayer le mouvement des Frères musulmans de la carte politique en les renvoyant à leur longue clandestinité depuis leur création en 1928. Rien ne semble en effet pouvoir arrêter cette main de fer des militaires égyptiens qui s’abat sur les Frères. Ayant repris tous les leviers du pouvoir en Egypte par la force des baïonnettes, ils comptent bien les conserver, quitte à faire un saut dans l’inconnu.

Retour à la clandestinité

Depuis le 14 août dernier, quand ils ont détruit dans une opération sanglante les deux campements (Rabiaa Adaouiya et Nasr City) où des milliers d’islamistes réclamaient le retour au pouvoir du président Morsi, les militaires ont montré la pleine mesure de leur «savoir-faire» en terme de répression. Plus d’un millier de personnes, des partisans du président déchu surtout, ont péri depuis dans des violences quasi quotidiennes. Les militaires désormais au pouvoir de fait, ont aussi ordonné l’arrestation de plus de 2000 activistes islamistes.
Jusqu’où ira cette démarche répressive des militaires ?

Pour Michael Hanna, spécialiste de l’Egypte au sein du think tank de New Century, cité par l’AFP, cette décision judiciaire est l’illustration d’ «une approche brutale qui ne prévoit aucun espace pour la confrérie dans la vie politique et sociale alors même qu’à l’étranger, les plaidoyers pour une réconciliation nationale se multiplient». Le gouvernement intérimaire téléguidé par le général Al Sissi semble résolu à opter pour un passage en force pour mettre hors d’état de nuire les Frères musulmans. Après quoi, il pourra bombarder l’un de ses hommes – Al Sissi par exemple – à la tête de l’Egypte au terme des élections générales, en 2014. Mais cette feuille de route risque d’être sérieusement contrariée si, d’aventure, le pays sombrait dans un chaos à l’algérienne.

Les Frères défient la justice «des militaires»

Les Frères musulmans égyptiens ont qualifié, hier, le jugement interdisant leurs activités de «politique et entaché de corruption» et promis de rester «présents sur le terrain». «La junte essaye de réduire au silence quiconque s’oppose (à elle), le jugement ordonnant la dissolution est politiquement motivé et fait partie de la répression en cours contre les Frères musulmans», affirme ainsi la confrérie, qui promet de «rester toujours présente sur le terrain même après sa dissolution». «Quoi que tentent les régimes fascistes pour éliminer les Frères musulmans, la dissolution n’affectera pas l’organisation», poursuit le mouvement islamiste. «Les Frères musulmans sont une partie de la société égyptienne, les décisions judiciaires entachées de corruption et politiques ne peuvent rien y changer», conclut-il.

Hassan Moali/ El Watan
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